Douze petites pièces d'inventaire pour P.H.Poirot

 

" UN

(...) Je ne sais pas si la peinture de Pascal Henri Poirot est une peinture de questions. Il me semble parfois au contraire qu'elle est conçue pour décourager toute éventuelle réduction à des problèmes, des thématiques, des sujets. Mais paradoxalement, elle suggère cette irréductibilité par l'insistance de motifs forts, insistants, obsédants: canapés autrefois, aujourd'hui architectures, après d'autres séries homogènes. La fréquence des objets de même nature contribue à l'énigme, l'organise: s'ils reviennent avec tant de constance, c'est qu'ils doivent porter ou receler un message singulièrement important mais ce qui revient d'abord avec eux, chaque fois, c'est leur manque d'éloquence, c'est l'absence en eux de charge démonstrative, c'est leur inaptitude à illustrer une signification étale et explicable. Cette peinture ne veut rien prouver, ni à leur propos, ni par leur entremise, et c'est en cela qu'elle comporte une part de mystère, car il est difficile d'admettre qu'elle les montre tant, si elle ne souhaite rien leur faire dire." (...)

" QUATRE

(...)Préciser le rapport ainsi suggéré entre cette "matière" et cet "absent" - ondirait que c'est là aussi le désir de la peinture de Pascal Henri Poirot. Il s'y prend à rebours : il montre la tente (la maison, l'édifice et (presque) rien d'autre (et l'absence autour). Je prends mon idée de vignette. Pendant la Renaissance italienne fleurit un mode de représentation associant un dessin et une sentence, qu'on appelait alors l'impresa. Le sens n'était bien sûr ni exclusivement dans la sentence, ni exclusivement dans l'image, mais dans l'espace tiers, le vide, l'intervalle que leur rapprochement dégageait. Leur association pouvait certes, dans certains cas, confirmer l'un par l'autre, par un effet de redondance mais souvent, elle était au contraire déroutante, et l'étonnement de découvrir unis tel dessin et telle sentence d'abord étrangers l'un à l'autre était la première étape d'un itinéraire initiatique d'invention du sens. Il fallait commencer, paradoxalement, par voir le vide, sinon aucune chance de deviner dans ce vide la signification qu'il recelait et dissimulait à la fois. Les deux (assemblage iconique et assemblage linguistique) pointaient ensemble (l'un avec l'autre, ou l'un contre l'autre) vers leur interstice prometteur; chacun trouvait grâce à l'autre sa mission d'indice du vide et, bientôt, de constructeur dans l'absent." (...)

Daniel Payot

 

 

 

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