La Place Occupée

 

"(...) Avec les enlumineurs persants, il partage l'horror vacui. Le fond sur lequel se détache le canapé ainsi que son revêtement sont occupés de formes animales et humaines que, cependant, l'oeil ne parvient pas à identifier immédiatement. Ces objets mobiliers ne sont pas destinés à être occupés autrement que par une imagerie comparable à celles des temples hindous. Sur ce canapé, emblème par excellence de la socialité, s'exhibent en accouplements symétriques des dieux et des déesses. La mythologie est devenue une imagerie de tenture bourgeoise.

Les motifs de Canapés se réfèrent explicitement aux "drôleries" de l'art médiéval que l'oeil ne découvre que prgressivement dans les marges des manuscrits, ou plus exactement aux "grotesques" de l'Antiquité et de la Renaissance. Dans les Grotesques, tout comme chez Poirot, les figures sont ordonnées à partir d'un principe de symétrie qui les transmue en motifs. Mais alors que dans les grotesques, le peintre crée de toutes pièces des créatures monstrueuses, mi-homme, mi-animal, chez Poirot, c'est le couple "étalé" dans la figure érotique qui devient une créature montrueuse.

A peine esquissées à l'aide de lignes dorées ou noires, ces formes possèdent un statut ambigu oscillant entre l'ornement pur et la représentation figurée. Recueillies au creux du canapé placé au centre du salon, elles sont au bord de perdre tout contenu, à l'image de la facticité dont elles sont les témoins."

Roland Recht

 

 

 


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